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Raphael A. LEVY

écrire une aventure merveilleuse...


Tout le monde peut s’en offrir une.
Une lettre, une pensée, un poème, un pamphlet, ou son journal...
Ne laissez pas vos idées s’envoler !

                                          Je m’étais promis de ne plus jamais écrire...  par Raphaël Lévy

            Concepteur réalisateur de films publicitaires et de documentaires, ma carrière de cinéaste n’a pas évolué comme je l’aurais souhaité. Je n’ai effectué jusqu’ici qu’un modeste parcours dans le domaine du long métrage, en réalisant trois films à petit budget. Peut-être parce que je n’ai pas encore rencontré la bonne personne au bon moment ou tout simplement que ma voie est ailleurs. Pourtant plusieurs projets ambitieux ont failli voir le jour, dont une comédie musicale et une série dramatique pour la télévision. Aujourd’hui, quelques synopsis, une dizaine de scénarios, et un dossier de téléfilms dorment dans mes tiroirs.
            Tant sur le plan affectif que professionnel, la vie s’est montrée revêche à mon égard, et ironiquement généreuse en désillusions. C’est peut-être pour cette raison qu’elle m’a doté, en compensation, d’une fabuleuse compagne, d’un inépuisable trésor : une prédisposition à écrire dans plusieurs des genres. Bien que l’unique pièce de théâtre que j’ai écrite ait été montée, l’idée d’entamer une carrière de romancier ne m’était jamais venue à l’esprit. Les mots, les phrases ou les réflexions qui m’assaillaient au quotidien et qui auraient pu être les prémices d’un poème, d’une pensée ou d’une histoire, ne m’avaient pas influencé davantage.

            Voiici plusieurs années, Isabelle Adjani, à qui j’envoie un scénario comme on jette une bouteille à la mer, est enthousiasmée par le récit ne comportant pourtant pas de rôle pour elle. Qui n’a jamais connu la noblesse et la grâce alliées à l’humilité, le sache : cette superbe actrice les incarne. Elle intervient auprès du Centre national de la cinématographie française qui m’alloue une bourse afin de peaufiner mon manuscrit. J’effectue un séjour à Alger, la ville de mon enfance, pour être plus près du récit que je relate. Hélas l’instabilité politique, puis les événements tragiques de l’Algérie ne permettront pas d’amorcer ce projet de film.

            Je ne parviens pas à me détacher d’une histoire que j’avais prise en grande affection. À défaut de film, j’envisage d’en faire un roman — une fresque sociale et historique se déroulant dans ce pays, au tout début de la révolution algérienne. Mais très vite, je renonce à entreprendre une tâche qui me paraît être au-dessus de mes possibilités, quand bien même des bruits, des formes, des couleurs et des personnages, affluent de toute part comme autant de signes d’encouragement. Au bout de quelques semaines, je suis pris de remords : mes idées ne cessent de m’interpeller, de me harceler. Au point de troubler mon sommeil et de s’immiscer dans mes rêves. Je ne réussis à trouver le repos qu’après m’être installé devant un cahier, puis devant un ordinateur. Et j’écris enfin ce roman durant de nombreux mois, en y apportant la détermination d’un écolier appliqué...
            Une à une, les maisons d’éditions me retournent mon texte. Jamais pour la même raison. Françoise Verny, directrice littéraire des Éditions Bernard Fayard, qui me fait l’insigne honneur de le lire personnellement en m’évitant la fatidique épreuve du comité de lecture, me répond : « Vous n’écrivez pas mal mais le récit comporte trop d’intrigues mêlées, trop de dialogues, trop d’anecdotes... et la forte histoire de Rachid, qui a une réelle puissance dramatique, se trouve noyée. Resterait à extraire une histoire de ce tableau impressionniste qui n’est pas sans charme. » Comment s’y prendrait un artiste peintre, si on lui demandait de retirer de son tableau toute une foule de paysans au profit d’un roi flanqué de ses courtisans? En ce qui me concerne, ce serait une ‘Mission Impossible’. Bien que très désireux de voir mon livre publié, je n’ai pu me résoudre à éliminer des personnages si patiemment créés et qui ont été de fidèles compagnons de route durant mes nombreux mois de labeur. Le service des manuscrits des Éditions Robert Laffont, en la personne de Sophie Lajeunesse, m’écrit, au sujet du même livre : « C’est un livre généreux et chaleureux mais malheureusement, il manque —semble-t-il— un parti d’écriture ; on reste très extérieur à ce que vous nous racontez. » Je n’ai jamais décelé autant de contradictions dans une phrase. Si l’on a ressenti de la générosité et de la chaleur à la lecture de mon récit, c’est qu’on y a nécessairement adhéré quelque part. Quant au manque de parti d’écriture, là encore, le comité de lecture fait preuve de manque de discernement puisqu’il adjoint à son évaluation semble-t-il. « Semble-t-il ou ne semble-t-il pas!»

            Cette déception s’ajoutant à bien d’autres, je prends la résolution de ne plus écrire de textes pour l’écran et encore moins pour des maisons d’édition, préférant m’investir dans d’autres domaines artistiques, comme la traduction, la peinture et le vitrail que je pratique honorablement.

            Chassez le naturel, il revient au galop, dit le proverbe. Mon naturel a la sagesse de ne pas revenir au galop. Pour ne pas m’effrayer, sans doute. Il est revenu lentement mais sûrement, s’étant enraciné dans une idée de film enfouie au tréfonds de ma mémoire. J’en avais tracée les grandes lignes sous forme d’un synopsis intitulé Le Jugement dernier, ou comment changer le monde, lui aussi rangé dans un dossier. J’ignorais qu’elle germerait à mon insu, comme une semence tombée quelque part dans une terre fertile. Au fil des ans, cette idée arrive à maturité. J’en suis ravi pour elle. J’admets qu’elle est pleine de caractère et de fantaisie mais lui demande de se tenir loin de moi et de ne rien faire pour me séduire. Peine perdue, elle entreprend une guerre d’usure. De nuit comme de jour, partout où je vais, elle me précède et se plante devant moi, le regard chargé de reproches. Je me sens obligé de me justifier : « Écrire un scénario, encore? Pour qui et pourquoi? » Des maisons de productions en reçoivent par milliers. La plupart les retournent, souvent sans en prendre connaissance. Un ami a fait l’audacieuse expérience d’envoyer à plusieurs sociétés de films le scénario d’un chef-d’oeuvre mondial, en changeant le titre et en le signant de son nom. Il n’avait là que l’intention de susciter une réaction de la part du comité de lecture, sachant qu’on démasquerait sa supercherie. Échec total. Comme prévu, son manuscrit lui est retourné avec un mot d’accompagnement, devenu un cliché célèbre: Ce scénario comporte des qualités certaines mais il ne correspond pas au genre de film que nous souhaitons réaliser.

            Mon idée de Jugement dernier ne me lâche pas. Tenace, récalcitrante, elle a recours à une ruse : faire intervenir ma conscience qui, un beau matin, m’interpelle à la manière de Jiminy Criquet, l’ange gardien de Pinocchio.
            — Tu es resté trop longtemps sans écrire. Cela suffit.
            — À quoi bon, n’ai-je pas eu assez de déboires?
            — Il ne s’agit pas d’un scénario.
            — Et de quoi donc?
            — D’un livre...
            — Un livre? C’est déjà fait, aucun éditeur n’en a voulu.
            — Celui-là sera d’un genre très différent.
            — Je sais de quoi tu parles, mais je ne m’en sens pas le courage.
            — Tu en auras, dès que tu te mettras au travail. Voilà dix ans que tu portes en toi cette histoire. Elle te perturbe, inutile de le nier. Écris-la, si tu veux vivre en paix.

        Je suis terrorisé! Je ne suis pas romancier, ce n’est pas mon métier. Combien d’années me faudrait-il passer pour venir à bout de quatre ou cinq cent pages?
      Rédiger un scénario, c’est transcrire en style télégraphique des images. On en établit deux colonnes, l’une pour la description de l’action et des décors et l’autre pour les dialogues. Écrire un roman, c’est mettre de la chair sur un squelette, c’est reconstituer des couleurs, des sons, des parfums, des sentiments, des mouvements, des émotions. Rien qu’avec des mots! Cela tient de l’alchimie. J’ai cru y être parvenu une fois, je n’ose pas m’y risquer à nouveau. Ma conscience me rassure : « Cela ne te prendra qu’un an, un an et demi tout au plus... Commence, à chaque jour suffit sa peine... Je t’aiderai dans ton entreprise... »

            Cela fait maintenant 14 mois que je vis une aventure merveilleuse, dans le genre de celles où l’on ne peut se résoudre à revenir sur ses pas. J’écris chaque jour. Quelques heures, parfois une journée ou une nuit entière. Je n’appréhende pas le refus des maisons d’édition. Je découvre, au fur et à mesure de mon avancée, les bienfaits que l’on peut se prodiguer en écrivant d’abord pour soi-même. Ils sont insoupçonnables, parce que magiques. Le roman que j’achève s’intitule provisoirement Le Jugement dernier, ou comment changer le monde, une science-fiction traitée en fable, mais qui hélas me plonge dans un profond désarroi tant il concorde avec l’apocalypse du World Trade Center de New York que personne n’aurait imaginée.

            On écrit d’abord pour se faire plaisir, non par égocentrisme comme on serait tenter de le croire. Écrire, c’est aussi se prodiguer une sorte de psychothérapie qui nous permet d’échapper à la solitude (que l’on aime bien pourtant), d’assouvir un besoin impérieux : celui de partager ses émotions et ses expériences, ses rêves et ses fantaisies, ses peines et ses joies avec des lecteurs amis ou frères humains. C’est transmettre un message, c’est quelquefois se découvrir une âme de missionnaire. Lorsqu’un narrateur s’embarque dans une telle aventure, il court le risque de naviguer dans un océan rempli d’imprévisibles et dangereuses turbulences. Mais comme tout aventurier, il sait que cela en vaut la peine. Seul compte pour lui l’éventualité d’une croisière fabuleuse en compagnie de ses créatures de rêve.
      Dès l’ébauche du récit, des dizaines d’idées débridées se bousculent au portillon de son imagination. Il en saisit quelques unes au vol, en perd d’autres. Dans la rue, en voiture ou en métro, partout ailleurs, c’est une tragédie s’il n’a pas sous la main de quoi les noter. À la cinquantième page, il estime avoir atteint sa vitesse de croisière et se dit avec sérénité : « J’ai le vent en poupe, la voile est sûre... » Mais il est loin de se douter des terribles épreuves qui l’attendent.
            Si le dessin, la peinture, la sculpture et — même la musique — peuvent échapper aux règles de l’orthographe, tricher avec la grammaire et se permettre des répétitions, il n’en est pas de même pour la littérature. Le mot, revêtu de sa superbe innocence quand il est isolé, devient un redoutable tyran pour son utilisateur lorsque ce dernier lui demande de s’allier à d’autres mots pour former une phrase. Le narrateur, soumis à mille et une disciplines, devient l’esclave des mots qu’il croyait asservir.

            L’on comprend pourquoi Michel-Ange, effondré, s’est écrié devant son Moïse : « Parle!... » Il voulait que sa sculpture prenne vie! Une autre fois, il a tenté de briser sa Pietà et l’aurait entièrement démolie si ses élèves ne l’avaient ceinturé jusqu’à ce que sa fureur se soit calmée. Devant une telle quête de perfection, on ne peut qu’être confronté à cette leçon de rigueur et d’humilité et aux douloureuses contraintes de la création.
            « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », préconise Boileau. Toute oeuvre achevée se compose d’une faible part de talent et d’une somme fabuleuse de travail acharné et de patience. Un écrivain progresse à la manière d’un artisan. Il ébauche son histoire, tâtonne, avance, recule, se lit et se relit une infinité de fois. Ses personnages, inventés ou empruntés à la réalité, commencent à prendre forme, à s’animer. L’auteur leur insuffle ses émotions, leur prête ses expériences. Dociles, ils se laissent revêtir de ce qu’il a choisi pour eux : un vêtement, une attitude, un trait de caractère, un langage.
            Des semaines et des mois passent. Le conteur est rasséréné par le récit qu’il a mené jusque-là avec beaucoup de soin, au meilleur de sa connaissance. Au cours d’une pause, il feuillette nonchalamment ses premiers chapitres. Mais la simple vérification de routine déclenche une terreur qui s’empare de tout son être : il ne reconnaît plus ses pages, au point de les renier ou de douter qu’elles sont de sa main. C’est un tohu-bohu : les enchaînements sont dissonants, les personnages peu crédibles, leur comportement emprunté, insensé, ils s’agitent comme des marionnettes ou de mauvais acteurs. Et c’est l’estocade pour le malheureux auteur, lorsqu’il débusque quelques répliques qui feraient s’esclaffer le plus tolérant des lecteurs, là où il n’avait pas voulu le faire rire! Les affres de sa propre humiliation lui serrent les entrailles. Son univers bascule. Il n’ose plus, ne peut plus écrire. Il se l’interdit formellement. Vulnérable, honteux, accablé de chagrin, épuisé par mille fatigues, il voudrait pouvoir se réfugier et s’isoler loin du monde.
            Le saint patron des ménestrels et des troubadours veille. Son souffle salvateur éloigne la tornade et dépêche ses anges consolateurs. Un matin, un soir, ou au beau milieu d’une nuit, l’auteur retrouve sa foi intacte. Il réalise alors que le cataclysme qui a sapé son moral lui a été salutaire, en l’ayant projeté dans la seconde dimension, celle où les personnages de son récit devront l’assister dans son entreprise. Pendant une bonne partie du voyage, ils le guideront, pour peu qu’il accepte de n’être plus le seul maître à bord. Un pavillon est hissé, on y lit : Patience et Courage. Afin de conjurer le sort.
            Le rescapé ausculte son texte : les mots qu’il croyait avoir apprivoisés lui font un pied de nez! Ils se rebellent, plusieurs exigent de revenir à leur case départ, là où ils sont sûrs de ne subir aucun mauvais traitement : le dictionnaire. Plus cruellement, des phrases entières lui suggèrent de mettre son manuscrit à la poubelle. Comme dans toute catastrophe, il faut parer au plus urgent : soigner les blessés, fouiller les décombres. Quand un romancier en herbe survit, c’est qu’il fait partie d’une espèce pluridisciplinaire : il est, entre autres, secouriste et architecte. Il se retrousse les manches sans songer à l’ampleur des dégâts. Il déblaye l’amoncellement des décombres, répare cette phrase, met celle-ci au rebut, récupère des fragments de paragraphe. Il greffe un mot sur cette expression moribonde et la voici qui reprend vie. Les personnages du récit l’interpellent, déclinent leur identité, font état de leur santé. Une fois leurs blessures pansées, il écrit sous leur dictée. Pas un point, pas une virgule qui ne soit justifiés. En maître d’oeuvre aguerri, quitte à se faire violence, il taille dans la masse, supprime un paragraphe ou une page entière jurant par leur « hors de propos ». Il est cet artiste peintre devant sa toile : il soustrait une parole, nuance telle idée, équilibre telle réplique, rehausse ce détail, ombre ce sentiment. Des passages entiers se transfigurent. Cela tient du prodige. La lumière commence à triompher des ténèbres.


            À la énième version de son manuscrit, le conteur est de moins en moins frileux. Plébiscité par ses mots matelots, il reprend la barre. Il pourfend allègrement les flots de mots redondants, contourne ce mirage à l’eau de rose, découvre l’efficacité des raccourcis de narration, résiste aux accès de fièvre de rhétorique, déboute de ses dernières fioritures un texte qu’il veut superbe de simplicité. C’est un duel contre lui-même. L’affrontement est rude, acharné, épuisant. Il essuie des revers douloureux. Le doute, le scepticisme, le désespoir, reviennent à la charge inlassablement. Mais il n’est plus seul, ses vigoureux personnages viennent à son secours. Et il se repose, tandis qu’ils se concertent : « Je dirais plutôt cela, suggère l’un. J’agirais de cette manière, affirme un autre. Ici, je me tairais, insiste un troisième. Supprimons ces trois lignes, elles ne nous concernent pas. »
            Les semaines et les mois se déroulent selon ce rituel. Au bout d’incessantes et patientes ciselures, l’auteur a débarrassé son texte de toutes ses aspérités. Il a sué sang et eau dans son atelier d’alchimiste, à vouloir insuffler la vie à des mots. Il entre dans la troisième dimension. celle où, la peur au ventre, il puise dans son manuscrit une page au hasard. Sa gorge se noue tandis que ses yeux en parcourent les lignes. Il soupire de soulagement : les mots, les phrases, les paragraphes s’enchaînent et coulent comme une eau limpide. Son coeur bat la chamade...
            Il croit pouvoir enfin goûter au repos du guerrier, quand le jour même ou le lendemain, son Jiminy Criquet réapparaît sous l’aspect d’un effrayant inquisiteur : « Ho là, romancier en herbe, dormiriez-vous déjà sur vos lauriers? »
            Quelquefois, un écrivain trop à l’écoute de sa conscience, le plus terrible des censeur, est le responsable de ses propres désillusions. Lorsqu’il écrit jusqu’à saturation, se corrige sans prendre de recul, arrive ce moment terrible où les mots et les phrases n’ont plus de sens, où les lettres se métamorphosent en signes cabalistiques et se détachent de leur page. Il lui faut alors comprendre qu’il est ivre de fatigue et qu’il doit astreindre son oeuvre à une période d’incubation.
            Il est des textes comme de certains tableaux qu’on ne finit jamais de retoucher. Pour un écrivain, l’ultime récompense est l’heure où il n’est plus soumis à son propre jugement, où sa conscience n’a plus voix au chapitre. Il sait qu’il a fourni le meilleur de lui même, que son livre est terminé et que son destin littéraire est scellé. Ce destin sera semblable à celui de tout être vivant : ordinaire, misérable ou fabuleux, souvent imprévisible.

Un homme a un rendez vous mystérieux. Il s’y rend. En cours de route, il rencontre des tas d’obstacles ‘humains’, des gens  qui ont besoin d’être secourus moralement, physiquement et financièrement. Il fait ce qu’il peut, dans la mesure de ses faibles moyens.
Mais il poursuit son chemin. Pour gravir plaines, collines et une montagne. Il s’enfonce vers le soleil. Il n’a ni passé, ni présent et son futur il l’ignore.Tapez votre paragraphe ici.


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LA PETITE  FILLE  AUX  CHEVEUX  DE  SOLEIL , un conte pour Mina, écrit par  Raphaël A. Lévy
         IL ÉTAIT UNE FOIS, une petite fille appelée Mina. Lorsqu’elle vint au monde, ses cheveux étaient tellement blonds que toute la chambre et même le village où elle naquit furent pris d’assaut par une lumière dorée, si dorée qu’on eût dit un soleil de jour comme de nuit. Sa maman s’appelait Rose-des-vents. Un nom peu ordinaire, dirait-on, mais pas si ordinaire que cela, à bien y songer, puisque cette maman est hôtesse de l’air et qu’elle voyage au Nord, au Sud, à l’Ouest et à l’Est, donc aux quatre vents soufflant dans toutes les directions... Au crépuscule, lorsque la maman promenait dans son landau ce merveilleux bébé qui brillait comme un soleil, elle lui couvrait les cheveux d’un foulard pour que la nuit puisse descendre sur terre. Car, comme tout le monde le sait, les oiseaux ne peuvent se reposer que dans le noir. De plus, la peau de Mina était douce comme du satin et claire comme les pétales d’une rose blanche. Et ses yeux ressemblaient à deux pierres précieuses qui scintillaient quand elle parlait, sauf, bien sûr, quand elle dormait. Voici donc son histoire, lorsqu’elle avait quatre ans et demi.
 TOUT PARIS LE SAIT, cette enfant est un cadeau du ciel offert à une maman qui en avait longtemps rêvé. Car c’est en sa fille que Rose-des-vents puise tout le courage et la patience qu’il lui faut pour effectuer son travail. Être hôtesse de l’air est un métier passionnant, mais très éprouvant. Les voyageurs ne sont pas toujours drôles ; parfois il faut s’en occuper comme d’un bébé. Quelqu’un lui a même dit, un jour, qu’elle traitait ses passagers de façon exceptionnelle, tant elle leur prodigue généreusement et naturellement ses sourires, aussi lumineux que des rayons de soleil. Donc, il n’est pas étonnant qu’elle ait mis au monde, une fille aux cheveux d’or.

            Lorsque la maman se prépare pour aller travailler, sa fille Mina la regarde droit dans les yeux et lui transmet un peu de son pouvoir magique, en lui disant :
            — N’aie pas de peine, maman, on se revoit bientôt. Tiens, joins tes deux mains, je vais te verser un peu de mon fluide. Si tes passagers en ont besoin, tu leur en donneras.
            — Et toi, ma chérie, t’en restera-t-il assez?
            — Oh, oui, maman, plus que tu ne crois.
            — Comment ça?
            — La nuit, il y a des dames, toutes vêtues de rose qui viennent au-dessus de mon lit et qui me chantent des berceuses. Et le matin je me réveille heureuse ; quand je brosse mes cheveux, j’entends de jolis sons de lyre et de harpe.
            MAIS QUELQUEFOIS, Mina a beaucoup de peine quand sa maman part en mission. Car, il faut le savoir, la maman et la petite fille sont les meilleures amies au monde et elles ont du mal à se quitter. On dirait deux soeurs jumelles, sauf que l’une est la maman et l’autre, la fille. Il est normal que Mina lui dise alors : « Pourquoi t’en vas-tu, maman... s’il te plaît, reste avec moi. »
            — Écoute, ma chérie, tu sais bien qu’on a besoin de moi. Je suis chef de cabine et j’ai des responsabilités. Comment feraient tous ces gens dans le ciel,  seuls dans un avion?
            — Mais je m’ennuie, maman, quand tu n’es pas là. Je voudrais, moi aussi travailler, pour que le temps passe vite!
            — Voilà qui est fort bien dit, s’exclame la maman. Si tu voulais, tu pourrais être très occupée à l’école, si occupée que tu ne t’ennuierais plus jamais et que tu n’aurais plus de peine que je parte en voyage. Le temps passera si vite, qu’à chaque fois que je rentrerai d’un vol, tu auras l’impression que c’est seulement hier que je suis partie.
            — Vraiment, douce maman? dit Mina avec ses grands yeux bleus qui s’éclairent comme deux petites flammes, chaque fois qu’une vive émotion s’empare de son petit coeur.
            — Vraiment!
            — Alors, dis-moi! Que dois-je faire?
            — D’abord, tu dois être très attentive en classe et retenir tout ce que la maîtresse enseigne.
            — Et puis?
            — Ah, le reste, mon petit ange, c’est à toi de le découvrir. Il y a sûrement des choses à faire à l’école, en plus de t’appliquer à être une bonne élève, très studieuse à la maison.
            — D’accord, maman. Demain, quand je serai à l’école et toi sur ton oiseau volant, je verrai et je réfléchirai...

            LE LENDEMAIN, Mina, va à l’école, guillerette comme un papillon. Il lui semble même qu’elle vole au-dessus du sol, tant elle se sent légère. Les bonnes fées, qui veillent sur la fillette, savent qu’elle va accomplir de très belles choses. À la récréation, Mina observe, tout autour d’elle, ses camarades de classe. Il y en a qui rient, s’amusent et mangent des bonbons, d’autres qui croquent des barres de chocolat, d’autres des biscuits. Mais d’autres, hélas, qui son tristes et qui restent dans leur coin, surtout quand il pleut ou que le temps est gris... Et la petite fille aux cheveux de soleil, mais que l’on peut dire aussi aux cheveux d’or, Mina, sent son coeur bondir d’affection pour ce petit garçon ou cette petite fille qui n’ont pas l’air heureux. Elle s’en approche et leur dit, en dessinant un sourire de ses lèvres couleur de fraise : « Bonjour! Je m’appelle Mina. Comment ça va? »
            Au bout de quelques secondes la magie opère. Les petits visages tristes sont éclaboussés par la lumière des cheveux de Mina et soudain, ils se mettent à rire, à rire, à rire, si fort que toute la cour de l’école se met à chanter et à danser.
            Un jour, une copine vient lui demander :
            — Mina, s’il te plaît, est-ce que je pourrais avoir l’un de tes cheveux, je voudrais m’en faire une bague.

            — D’accord, à condition de cesser de mettre les doigts dans ton nez! Ce n’est pas joli et ce n’est pas propre. Tiens, en voilà même deux... lui dit Mina. De toute façon, il y en a plein dans ma brosse à cheveux, autant qu’ils servent à quelque chose.
            Sitôt que la fillette, qui a cessé de mettre aussi les doigts dans sa bouche, en fait un anneau autour de son doigt, ne voilà-t-il pas qu’une bague, en or véritable, se forme par magie? Depuis ce jour, chaque fois que la fillette touche sa bague, hop! la voici qui rigole, comme si on lui faisait des chatouilles sous la plante des pieds. Et pourtant, elle a ses chaussures aux pieds. Et la maîtresse, de lui dire : « Dis-donc toi, tu as fini de rire? »
            C’est ainsi que tous les matins, Mina va au devant de l’un ou de l’une de ses camarades de classe : « Bonjour, comment ça va? » Et, chaque jour, c’est un problème à résoudre. Celui-là, s’est réveillé en retard et n’a pas pris son petit déjeuner, celle-là n’a pas eu le temps de se coiffer ou de mettre la robe qu’elle voulait.
            Mina leur dit : « Mais, c’est si simple, voyons! Il faut vous préparer la veille, sortir vos vêtements, les placer sur une chaise pour qu’au réveil vous ne perdiez pas de temps. Quand vient l’heure de vous mettre au lit, il ne faut pas rechigner. Pensez plutôt à une flopée d’oiseaux (vous volez, volez avec ces petits êtres qui vous soulèvent comme un tapis enchanté...) ou à un troupeau de moutons (vous êtes allongés sur leur dos, leur laine est moelleuse et douce et ils vous bercent aussi agréablement que l’eau d’un lac...) Vous finirez par vous endormir. Ainsi, le lendemain, vous vous réveillerez en super forme! »
            Depuis, la classe de Mina est devenue exemplaire, puisque tous les enfants dorment bien à la maison grâce à ses conseils et à son sourire pétillant comme une source. En effet, les garçons et les filles se réveillent en chantant ; ils n’arrivent plus en retard. Ils sont propres, bien coiffés, ne se rongent pas les ongles, se tiennent bien, comme des jouets dans une vitrine durant les fêtes de Noël. C’est que Mina les regarde droit dans les yeux quand elle leur dit quoi faire, avec tellement de gentillesse qu’on ne peut faire autrement que de l’écouter. Et plus personne n’est triste ou malheureux. Ni même grincheux.
            Plus personne? Ah, hélas! C’est trop vite dit...
            CAR TOUT AU FOND de la classe, il y a le petit Thomas, que tout le monde appelle Tom. Tom est un gentil garçon, mais Dieu ce que son regard est triste... Si triste, que le ciel pleure parfois, quand Tom est dans la cour. « S’il te plaît, demande le ciel à Tom, souris un peu, pour que le soleil vienne me réchauffer... » Mais, impossible, le garçonnet aux grands yeux sombres fait la sourde oreille. Alors les fées du ciel demandent à Mina :
            — Jolie Mina, nous avons besoin de ton aide.
            — Bien sûr, répond la petite fille, toujours prête à rendre service.
            — Arrange-toi pour connaître le secret de Tom et trouve le moyen de le faire sourire.
            — Je ferai tout mon possible, bonnes fées, promet la petite fille aux cheveux d’or et dont les yeux s’animent de deux petites étincelles avec un bruit de clochette de cristal « dring, dring! »
            Comme d’habitude, Tom arrive à l’école, le matin, tout de gris vêtu, en regardant le sol sans jamais lever la tête. Mina essaie de lui tirer un son de la bouche, mais sans succès. C’est à se demander même s’il a une bouche et une langue! Mais il en a une, puisqu’à la cantine on le voit manger, si peu soit-il. Un jour, la petite fille aux cheveux de soleil décide de se servir de ses pouvoirs magiques. Elle se rapproche de Tom. L’or de ses mèches ont beau l’éclairer, et même l’éblouir, rien à faire. Il refuse de répondre lorsqu’elle lui demande de cesser de s’habiller en gris. « Oh la la, ça va être difficile, avec celui-là... Mais il ne sait pas de quel bois je me chauffe... Parole de Mina, je parviendrai à le faire sourire et même à rire. Pour cela, je dois connaître son secret... »
            PAR UN BEAU MATIN de printemps, la classe de Mina et de Tom organise un pique-nique dans une forêt, en dehors de Paris. Les élèves sont contents et s’amusent toute la journée. En fin d’après midi, Tom disparaît. Il a fait une fugue. L’autobus scolaire ne peut partir sans lui, évidemment. La maîtresse d’école, les moniteurs et même les élèves s’écrient, à travers les chemins et les sentiers : « Ohé, Tom, ohé Thomas, où es-tu? Il est l’heure de rentrer! Ohé Tom, il y a une glace au chocolat pour tout le monde. Sors vite de ta cachette, si tu ne veux pas que ta glace fonde!... Ohé Tom!... » En vain. Tom ne se montre pas. On continue de le chercher.
            Il commence à faire nuit. Mina, qui s’éclaire à la lueur de ses cheveux, réussit à trouver Tom, caché, assis derrière un buisson fleuri et qui regarde ses chaussures, comme un garnement pris en faute.
            — Que fais-tu là, Tom? lui demande-t-elle doucement, pour ne pas l’effrayer.
            — Je ne veux pas rentrer chez moi, répond-il sur un ton boudeur.
            — Pourquoi?
            — J’ai trop de peine... Ma maman pleure tout le temps et je ne peux rien faire pour elle...
            — Qu’est-ce qu’elle a, ta maman?
            — Elle est aveugle, elle ne voit pas...
            — Oh, que c’est triste!... Mais ce n’est pas ta faute.
            — Je sais... J’ai beau mettre mes mains sur ses yeux, ça ne la guérit pas.
            — Ne perd pas espoir, courage, tu réussiras sûrement... Il faut être patient.
            — Elle n’a jamais vu le jour, elle ne connaît pas les couleurs. Tu te rends compte? Elle ne sait pas qu’un citron est jaune, que la neige est blanche, que les coquelicots sont rouges, que l’herbe est verte. Jamais elle ne connaîtra le bleu du ciel et les couleurs de l’arc-en-ciel... Ce n’est pas juste!
            — Tu as raison, ce n’est pas juste... dit Mina, en hochant la tête, tout en réfléchissant.
            Mais voilà que la nuit tombe et que Mina et Tom se retrouvent seuls dans la forêt. Ils sont perdus, bien qu’ils entendent au loin toute la classe crier : « Thomas, Mina, où êtes-vous? » Les animaux commencent à sortir de leur tanière. Mina les reconnaît, à leurs yeux qui brillent dans le noir. Tom a peur. Mais pas Mina.
            — Ne t’inquiète pas rassure la petite fille, ce sont mes amis.
            — Les loups, les renards et les ours? Tu es sûre, Mina? Comment se fait il?
            — C’est parce que mes yeux brillent aussi la nuit...
            — Ah oui, c’est vrai... On dirait deux petites étoiles.
            En effet, plusieurs animaux viennent lécher la main de Mina et même celle de Tom qui s’est caché derrière elle, en s’agrippant à sa ceinture. Il y a des écureuils et des lapins, une faon et sa maman biche. Et les animaux sauvages, le loup, le renard, l’ours, le lion, eux, sont doux comme des agneaux. Puis voilà des perroquets aux mille couleurs, des canaris et des perruches si bavardes qu’elles font mal aux oreilles. « Taisez-vous, laissez dormir les rossignols! », ordonne Mina ; et les perruches se taisent, honteuses. Il y a tellement de lumière, grâce aux yeux brillants des animaux qui escortent Tom et Mina, que le chemin du retour vers l’autobus scolaire est éclairé comme en plein jour. Toute la classe les acclame avec des bravos et des hourras et les enfants rentrent à l’école, là où leurs parents les attendent. Mais, personne n’attend Tom qui, lui, rentre tout seul chez lui.

            ROSE-DES-VENTS, LA MAMAN de Mina revient de voyage le lendemain. Elle est toute surprise et heureuse de voir sa fille radieuse, sereine, et de bonne humeur.
            — Maman! lui dit Mina, en lui sautant au cou et en la serrant très fort.
            — Oui, ma chérie...
            — Tu sais, j’ai un grand service à te demander.
            — Bien sûr.
            — Chaque fois que tu partiras en voyage je voudrais que tu me ramènes quelque chose...
            — Bien sûr, mon enfant. Une poupée?
            — Oh non, s’esclaffe Mina.
            — Pourquoi ris-tu, j’ai dit quelque chose de drôle?
            — Non, maman... Je ris parce que je t’aime et puis aussi parce que je sais que tu ne diras pas non...
            — Alors quels sont tes souhaits?... Si c’est la lune que tu désires, ça je ne pourrais pas... Elle est trop lourde à décrocher!
             — Oh non, maman, c’est bien plus simple que ça : je veux un morceau de ciel bleu, un morceau de soleil couchant, quelques nuages violets, et un arc en ciel...
            — Rien que ça? s’enquiert la maman.
            — Rien que ça, précise Mina, en riant de plus bel.
            — Mais pour qui me prends-tu, mon enfant? Je ne suis pas une magicienne, pour te ramener tout ça! Tu me vois sortir de l’avion et te mettre des morceaux de ciel dans des boites?
            — Maman, je voulais juste te dire de les photographier avec ton appareil, c’est tout!... À travers un hublot! Tu n’avais pas compris?
            Et la maman d’éclater de rire avec sa petite fille. Et toutes les deux, de se rouler sur le tapis en se faisant des bisous et des câlins. « Tu auras toutes ces photos, ma chérie », promet la maman.
            UNE SEMAINE PLUS TARD, un dimanche, c’est l’anniversaire de la maman de Tom. Tom invite Mina et personne d’autre, parce qu’il se rappelle combien elle a été gentille avec lui dans la forêt, comment elle l’avait ramené à l’autobus scolaire. Mina a préparé un joli petit paquet, qu’elle a enveloppé d’un papier fleuri, attaché avec un ruban rose et bleu. La maison de Tom n’est pas loin de celle de Mina. Tom a mis une seule bougie sur le gâteau d’anniversaire. Bien sûr, il en aurait fallu plusieurs autres, mais pour les grandes personnes ce n’est pas utile.
            La maman de Tom souffle sa bougie puis elle reçoit le cadeau de son fils, un bouquet de roses blanches qu’elle hume, les yeux fermés, en disant : « Oh, que ça sent bon... On dirait des fleurs du paradis! Merci, mon chéri. » Tom dit alors : « Maman, Mina a un cadeau pour toi... » La maman de Tom, qui ne voit pas, marche à tâtons vers Mina et l’embrasse tendrement : « Merci, mon enfant, il ne fallait pas te déranger. » Lorsque la maman ouvre le paquet, elle touche de ses doigts les photos, une à une. « Qu’est-ce que ces cartes, très lisses d’un côté? » se demande-t-elle. Son fils s’exclame :
            — Oh maman, si tu voyais, comme elles sont belles! Il y a de l’azur, du jaune d’or, du rouge écarlate, du vert émeraude. Et de l’arc en ciel!... Ce sont des photos du ciel.
            — Mais tu sais bien, mon chéri, que je ne peux pas voir.
            — Ce n’est pas grave, maman, Mina va te décrire les merveilles du ciel. Elle sait si bien décrire les choses que ce sera comme si tu les voyais.
            VOICI  QUE  MINA  secoue sa chevelure, pour se mettre à l’aise. Ses longues mèches deviennent des rayons de soleil extraordinaires. L’appartement s’illumine tant et si bien que la maman de Tom en a mal aux yeux. Mina met un foulard sur sa longue chevelure et la lumière devient moins dense. Maintenant, c’est un doux clair-obscur. Au fur et à mesure que la maman touche les photos, et que Mina les lui décrit, des morceaux de ciel flottent dans la chambre, de vrais morceaux de ciel, exactement ceux que Rose-des-vents, la maman de Mina a photographiés... Et dans un coin du salon, il y a un arc en ciel!
            — Oh maman, tu pleures? Ça ne te plaît pas? demande Tom
            — Oh oui, oh oui, mes enfants, que ça me plaît... C’est que... c’est que...
            — C’est que quoi, maman?
            La maman de Tom ne peut répondre tout de suite. Le soleil brille si fort qu’on dirait midi en plein Sahara. Elle se frotte les yeux, se frotte les yeux, et lorsqu’elle ôte sa main... miracle, elle voit! Elle s’exclame : « C’est que je vois, mon chéri, maintenant je vois! Que la vie est belle! Je te vois, mon joli Tom et je vois ce petit ange qui s’appelle Mina et dont tu m’as parlée si souvent. Venez, mes enfants que je vous bénisse tous les deux... » 
            La maman voit tout, absolument tout. D’abord son fils Tom, qu’elle sert dans ses bras et couvre de baisers, ensuite Mina qui resplendit de gentillesse, avec ses longs cheveux bouclés tout en bas, ses yeux aussi bleus que des saphirs, son visage aussi clair qu’un coquillage de lune, et ses joues aussi rouges que deux énormes cerises.
            Et Tom de sourire, puis d’éclater de rire. Comme les fenêtres sont ouvertes, il déclenche un rire à travers toute la rue. Cela dure des heures et des heures. Dans le quartier, c’est maintenant comme un bal de 14 juillet. Tout le monde danse avec tout le monde. Les marchands de fleurs offrent des roses rouges aux filles et des tulipes jaunes aux garçons. On entend de la musique, même s’il n’y a pas de musiciens!
            ET  C’EST  AINSI  QUE  MINA, devenue la plus jeune magicienne de la terre, continue de faire du bien autour d’elle. Évidemment, sa complice et sa meilleure amie, qui est — ne l’oublions pas —, Rose-des-Vents, est associée à tous les petits et les grands miracles qu’elle fait.
            Mina n’est plus jamais jamais triste quand sa maman va offrir ses sourires aux voyageurs. Maintenant, le temps passe très vite, pendant que la jolie hôtesse d’Air France part en mission. Lorsqu’elle rentre de voyage, il y a dans la maison de Mina beaucoup de lumière et beaucoup de tendresse. C’est Mina, la petite fille aux cheveux d’or, qui prépare ce bel éclairage et qui, à l’aide de son arrosoir enchanté, déverse de la joie et de l’amour dans toutes les chambres, en attendant sagement le retour de sa maman.

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Un conte pour Mina, la fille de Pascale Pellin, hôtesse de l'air Air France au sourire de conte. Montréal, 2001

L'HOMME AUX SEMELLES DE VENT...

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